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Publié par Eric Evrard

Les jambes perdues de Bob Hazelton
http://arthur73.chez-alice.fr/temoigna.html#ik

L'histoire de Bob Hazelton est l'une des plus stupéfiantes qui soient. Ce boxeur américain s'est nourri pendant des années aux anabolisants. De très graves problèmes d'artérite lui ont valu d'être amputé d'une jambe. Puis de l'autre. Et pendant toute cette période, il n'a pas trouvé la force de raccrocher. Par ce témoignage, on comprend que l'accoutumance aux anabolisants est aussi terrible qu'aux autres drogues.

Vous avez été boxeur pendant les années 70. Pourquoi ? Etait-ce par passion ou seulement pour l'argent ?
C'était pour le sport. J'ai toujours eu besoin d'action, de contact, de bagarres. Je venais d'un milieu très difficile dans le mauvais quartiers de Philadelphie. J'ai quitté la maison très jeune. Grâce aux "scholarships" en foot et en basket, j'ai pu suivre des études. J'aurais même pu aller à l'université. Mais à ce moment-là, j'ai choisi la boxe. Oh, je ne le regrette pas. J'ai gagné pas mal de fric avec ce sport. Moins que ce que j'aurais pu avoir aujourd'hui, mais enfin, ce n'était pas mal pour l'époque. Puis, j'ai voyagé. J'ai été en Europe, je me suis installé en Floride, etc. C'était des années un peu folles. Aujourd'hui, je suis plus peinard dans le Minnesota.

Quel type de boxeur étiez-vous ?
Je n'étais pas un grand champion, mais je ne me défendais pas mal : 26 victoires (dont 25 par K.O.) et seulement 5 défaites. A une époque, j'ai même été classé au onzième rang mondial chez les lourds. J'ai eu des matches intéressants contre Bob Foster ou George Foreman.

Vous avez combattu "big george" ?
Pendant une minute et 22 secondes très exactement ! Puis, j'ai été mis knock-out. Le match est passé en direct à la télévision. A l'époque, "big george" n'était pas aussi gros qu'aujourd'hui. Mais il faisait tout de même plus de 104 kilos. C'était 21 kilos de plus que moi. D'ailleurs, cela a toujours été mon problème. Je suis trop maigre pour ma taille : 83 kilos pour 1,98 m. Contre Foreman, cela ne pardonne pas.

Vous l'avez revu depuis ?
Oui, oui. George est un chouette type. Nous nous sommes encore parlé, il y a quelques années, quand il a repris la boxe...

Que s'est-il passé après cette défaite ?
Après cette correction, vous voulez dire ? Eh bien, je suis parti pour poursuivre ma carrière en Angleterre. Puis, quand je suis rentré aux Etats-Unis, mon entraîneur m'a proposé de prendre des pilules pour gagner du poids. Il m'a dit qu'il s'agissait de vitamines très fortes.

Et vous l'avez cru ?
A ce moment-là, oui. Je ne savais rien des stéroides. Et j'étais très jeune. Je lui faisais confiance. Les adultes peuvent faire croire n'importe quoi à des gosses. Et évidemment, moi, je pensais avant tout à ma carrière.

Cela vous a fait de l'effet ?
Oui. Formidable. J'ai pris 14 kilos de muscle d'un seul coup. Je suis alors entré dans la plus belle période de ma carrière, avec quatorze victoires d'affilée par KO ; notamment en 1978, j'ai mis fin à la carrière de l'ex-champion du monde des mi-lourds, Bob Foster. Mais tous ces succès, je les dois aux stéroides. Aujourd'hui, évidemment, je me dis qu'il aurait mieux valu que je reste un boxeur médiocre mais que je puisse marcher sur mes deux jambes.

Vous avez pris des stéroïdes tout au long de votre carrière ?
De plus en plus. Comme les pilules ne suffisaient plus, je suis passé aux injections. Là, évidemment, je savais qu'il ne s'agissait plus de vitamines !

Comment vous procuriez-vous tout cela ?
Au début, je recevais des prescriptions de médecins. Plus tard, quand c'est devenu illégal (1982 je crois), je me procurais les produits au marché noir. J'ai dépensé beaucoup d'argent à cela : environ 500 ou 600 dollars par semaine. Je prenais des pilules chaque jour et des injections environ deux ou trois fois par semaine.

A l'époque, vous ne subissiez pas de tests anti-dopage ?
Oui, mais ils ne décelaient pas les stéroïdes. Même aujourd'hui, d'ailleurs, les tests ne sont pas vraiment au point. C'est pour cela que beaucoup d'athlètes passent à travers les mailles du filet.

Combien de temps cela vous a-t-il pris pour réaliser le danger que vous couriez ?
Six ans. Quand j'ai commencé à avoir mal à une de mes jambes, j'ai été voir un médecin. Il m'a demandé si je suivais un traitement. J'ai dit non. Puis, j'ai pensé à toutes les pilules que je prenais. Je lui ai montré les boîtes. Il a fait une tête ! Il m'a dit : "Bob, te rends-tu compte de ce que tu fais ? Tu te fous la santé en l'air". C'était la première fois qu'un médecin me parlait comme cela. Au début, je ne voulais pas le croire. Malheureusement, il avait raison. Les douleurs sont revenues de plus en plus fortes. Et bientôt, je ne pouvais plus vivre normalement.

Vous étiez encore boxeur à l'époque ?
Non. En 1980, j'avais laissé tombé la boxe et je m'étais mis au body-building. Avec les injections de stéroïdes, je suis monté jusqu'à 145 kilos. Ensuite, j'ai travaillé comme garde du corps pour des groupes de hard rock, comme Van Halen ou Def Leppard. Mais j'ai dû laisser tomber à cause de mes jambes.

Vous êtes retourné voir votre médecin ?
Oui, le docteur Karl Meisenheimer à Las Vegas. C'est devenu un ami aujourd'hui. C'est le seul qui n'a jamais voulu me donner de stéroïdes. Et ce n'est pas faute d'avoir demandé...

Mais pourquoi vouliez-vous encore vous doper alors que votre carrière sportive était terminée et que les douleurs aux jambes vous paralysaient ?
J'en étais arrivé au point où je ne voulais plus redevenir mince. J'avais vraiment peur de perdre mes muscles. Ce n'était plus un problème mental. C'est comme une anorexie, mais à l'envers. Vos ressentez le besoin d'être de plus en plus lourd, de plus en plus fort. Il y avait une image de moi, mince, que je ne voulais pas revoir.

Les stéroïdes vous apportaient cette confiance ?
Oui, j'en avais vraiment besoin pour vivre. sans eux, je me sentais faible, vulnérable. Les stéroïdes guidaient ma vie. Dans un mauvais sens. Alors, j'ai pensé au suicide. J'ai d'ailleurs fait une tentative... J'ai failli réussir. C'était avant l'opération. Je voulais changer et je n'y arrivais pas.

Qu'est-ce qui vous a finalement décidé à abandonner les stéroïdes ?
La dernière fois que je me suis fais une injection, c'était en septembre 1987, alors que c'était l'année précédente, en 1986, que suite à des infections répétées et à des problèmes de circulation, j'avais dû être amputé de la jambe gauche !

Quoi ? Même après avoir perdu une jambe, vous continuiez à en prendre ?
Oui, aussi incroyable que cette histoire puisse paraître. C'est vrai. Les stéroïdes avaient ruiné ma vie mais je pouvais pas me résoudre à les laisser tomber. Puis, j'ai été amputé de l'autre jambe. Mon système artériel est complètement délabré. Le docteur Meisenheimer me disait que j'avais le coeur usé comme une personne de 80 ans. Il ne m'a jamais caché la vérité, vous voyez. Mais je sais qu'il a raison. A cinquante ans, j'ai déjà eu trois attaques cardiaques. Je ne crois pas que je vivrai très vieux. C'est pourquoi je prends chaque jour comme une bénédiction.

Est-ce que cela a été dur de laisser tomber ?
Horrible. J'ai tenu deux ans. Mais j'étais irascible. Puis j'ai fait une dépression terrible. Ma vie n'avait plus de sens. J'avais l'impression que l'avenir ne me réservait plus aucune chance de pouvoir être un autre homme. Les stéroïdes c'est vraiment une saloperie...

Vous allez aussi parler aux enfants dans les écoles. Mais ils ne doivent pas se sentir vraiment concernés lorsqu'on leur parle de stéroïdes anabolisants...
Détrompez-vous. Aux Etats-Unis, il y a des tas de jeunes de 13, 14, 15 ans qui prennent des stéroïdes pour gagner des muscles ! On en trouve très facilement. Je sais qu'en Europe, vous n'êtes pas encore vraiment confronté au problème. Même ici, peu d'adultes mesurent vraiment l'ampleur du phénomène. Les enfants, eux, savent au contraire très bien de quoi on parle. Et je pense que lorsqu'ils me voient venir avec mes moignons et mon histoire à faire pleurer, cela les fait réfléchir. Quand on me voit, on ne peut pas l'oublier. Et comme ça, je sers à quelque chose.

Peu de sportifs acceptent de parler aussi crûment du problème.
C'est vrai. Même à la fin de leur carrière, ils refusent de prendre la parole. Ils ont peur d'avouer au public que leurs exploits n'étaient pas seulement dus à leurs qualités propres, mais à la drogue. C'est difficile à dire. Et également difficile à croire pour le public qui les admirait tant.

Quel accueil recevez-vous de la part des médias ?
Les journalistes non plus n'aiment pas aborder le sujet, surtout aux Etats-Unis. Il y a trop de boue à remuer. Quand je parle, cela jette un trouble. Car je connais trop bien le sujet. Je peux distinguer au premier coup d'oeil un athlète qui prend des stéroïdes d'un autre qui n'en prend pas. On rencontre des athlètes gonflés aux anabolisants dans tous les sports. C'est une drogue vraiment dangereuse qui provoque des accès de colère. On devient presque caractériel.

Quels sont les champions que vous admirez aujourd'hui ?
Aucun. A mon époque, j'admirais Muhammed Ali. Je l'admire d'ailleurs toujours. Pas spécialement pour ce qu'il a fait en boxe, mais simplement parce que c'est quelqu'un de bien. Mais, globalement, je n'ai plus de respect pour le sport aujourd'hui.

Propos recueillis par Gilles Goetghebuer

Dopage Témoignage Partie 3
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